Supposer (verbe)


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

Poser une chose pour établie, l'admettre par hypothèse, afin d'en tirer ensuite quelque induction. "Vous commencez par ce qui est en question. Supposons que ce fait soit vrai, supposons cela vrai, quelle conséquence en voulez-vous tirer? Vous supposez une chose impossible, une chose qui ne peut jamais arriver. En supposant qu'il y consente."
Il signifie aussi Former une conjecture, présumer en bien ou en mal. "Je suppose qu'il sera bientôt las de ce genre de vie. Vous le supposez donc bien lâche, bien intéressé. Vous me supposez un crédit, un mérite, des talents que je n'ai pas. Ses ennemis lui supposèrent des projets coupables. Pourquoi ce qui n'est pas?"
"Supposer un enfant," Vouloir le faire passer, le faire reconnaître pour fils ou fille de ceux dont il n'est pas né. "On supposa un enfant pour frustrer les héritiers collatéraux."
SUPPOSER se dit en outre d'une Chose qui demande, qui exige que quelque autre chose soit ou ait été. "La justification suppose une accusation. Dans le syllogisme, une conclusion suppose deux prémisses."
Le SUPPOSÉ s'emploie comme adjectif et signifie Qui est faux, controuvé, fabriqué frauduleusement. "Se présenter sous un nom supposé. Un testament supposé."
"Cela supposé," Dans cette supposition. On dit aussi "Supposé que," Dans la supposition que. On dit encore : "Supposé tel événement. Supposé votre consentement."



Dictionnaire d'Emile Littré

Verbe 



 1   Poser une chose comme établie, comme admise, pour en tirer une conséquence.
MAIRAN: « L'abbé de Molières suppose une portion de matière au centre de chacun de ces globes, ce que le père Malebranche n'a pas supposé »
VOLT.: « L'auteur suppose tout et ne prouve rien »
CONDIL.: « Quand on suppose dans les définitions ce qu'on se propose de prouver, il n'est pas bien difficile de faire des démonstrations »
    Supposer que, avec le subjonctif.
BOILEAU: « Supposons toutefois qu'encor fidèle et pure, Sa vertu de ce choc revienne sans blessure »
    Supposer que, avec l'indicatif.
FÉN.: « Supposons que l'esprit de l'homme est comme un miroir où les images de tous les corps voisins viennent s'imprimer »
    Absolument.
BUFF.: « En mathématique, on suppose ; en physique, on pose et on établit »

 2   Former une conjecture, présumer. Vous me supposez un crédit que je n'ai pas.
CORN.: « Qu'avez-vous dit, madame, et que supposez-vous Pour la faire douter du sort de son époux ? »
LA FONT.: « Qui désigné-je à votre avis Par ce rat si peu secourable ? Un moine ? non, mais un dervis ; Je suppose qu'un moine est toujours charitable »
J. J. ROUSS.: « Supposant tout cela vrai, était-ce là l'occasion de le dire ? »
LANOUE: « Supposez-la sensible, et tout est expliqué »
GENLIS: « Lorsque je supposai tous les domestiques profondément endormis, je pris une lanterne sourde.... »
    Supposer de, avec l'infinitif.
PASC.: « Elle [l'âme] est aussi ardente que jamais dans cette recherche [de quelque chose de ferme], et suppose d'avoir les forces nécessaires pour cette conquête »

 3   Alléguer ou produire pour vrai ce qui est faux. Ses ennemis lui supposaient des projets coupables.
TH. CORN.: « L'ingrat Maximin doit seul être accusé Du forfait qu'à Licine il avait supposé »
ROLLIN: « Mithridate, dans la lettre qu'il écrivit à Arsace, roi des Parthes, accuse les Romains d'avoir supposé un faux testament d'Attale, pour frustrer Aristonic, fils d'Eumène, du royaume de son père »
LESAGE: « Mme Oronte : Un galant homme doit-il des lettres ? - Valère : Supposer ? moi, madame ? »
VOLT.: « Il [Voltaire] prétend dans ses notes [sur la pièce du Triumvirat] que la conspiration de Cinna n'a jamais existé, que cette aventure est supposée par Sénèque, et qu'il l'inventa pour en faire un sujet de déclamation »
    Supposer à quelqu'un une pièce, la lui attribuer faussement (emploi vieilli).
MÉZER.: « Les ennemis qu'il avait à la cour, tramant sa ruine par le moyen de quelques lettres qu'ils lui supposèrent, donnèrent de violents soupçons à l'empereur qu'il formait une conspiration contre lui »
PASC.: « Les jésuites qui, pour se donner la liberté de le déchirer [un écrit], sans paraître toutefois offenser nos personnes, disent qu'ils ne le considèrent pas comme venant de nous, mais comme une pièce qu'on nous suppose »
PELLISSON: « On doute justement si tous les écrits qui portent le nom d'Hippocrate sont en effet de lui ; plus justement encore quels sont ceux qu'on lui a supposés »
    Supposer quelque chose à quelqu'un, le lui dire mensongèrement (emploi vieilli).
CORN.: « Honteux qu'un homme seul eût triomphé de trois, Qu'il en eût tué deux et mis l'autre aux abois, Phorbas nous supposa ce qu'il nous en fit croire, Et parla de brigands.... »
RICHELIEU: « Il faisait tout ce qu'il pouvait pour retarder l'exécution de cette alliance, jusques à faire intervenir même don Ignigo de Cardenas, ambassadeur d'Espagne, qui supposa à la reine que le roi son maître en désirait le retardement »
    Supposer un enfant, vouloir le faire reconnaître pour fils ou fille de ceux dont il n'est pas né. Il [le mari de Mme de Coligny] la menace qu'on dira.. .
SÉV.: « qu'elle a supposé son enfant »

 4   Il se dit d'une chose qui exige que quelque autre chose soit ou ait été.
LA BRUY.: « La faveur des princes n'exclut pas le mérite, mais elle ne le suppose pas non plus »
VOLT.: « Six cent mille hommes en état de porter les armes supposent une multitude d'environ deux millions, en comptant les vieillards, les femmes et les enfants »
VOLT.: « Pierre des Vignes, tant accusé d'avoir fait le prétendu livre des trois imposteurs, ou du moins d'avoir eu des sentiments que le titre du livre suppose »
BUFF.: « Cela suppose bien de la subtilité dans le renard, bien de la stupidité dans l'outarde, et peut-être encore plus de crédulité dans l'écrivain »
CONDIL.: « Tout ce raisonnement suppose que l'image qui se trace dans l'oeil à la vue d'un globe, n'est qu'un cercle plat.... »

 5   Terme de chasse, se dit du vieux cerf qui, chassé, essaye d'en substituer un autre.
LA FONT.: « L'animal chargé d'ans, vieux cerf et de dix cors, En suppose un plus jeune et l'oblige par force à présenter aux chiens une nouvelle amorce »

 6   Se , v. réfl.
J. J. ROUSS.: « Imaginer qu'on est.... Je me ai dans le Lycée ayant les Platon et les Xénophon pour juges »

 7   Il se dit des choses qui exigent réciproquement qu'elles soient ou qu'elles aient été.
LA BRUY.: « Inquiétudes d'esprit, inégalité d'humeur, inconstance de coeur, incertitude de conduite : tous vices de l'âme, mais différents, et qui, avec tout le rapport qui paraît entre eux, ne se supposent pas toujours l'un l'autre dans un même sujet »

HISTORIQUE
    XIIIème siècle
J. DE MEUNG: « Et cil font vilenie qui le piour [le pire] y glosent, Et qui pour les acteurs [auteurs] le plus sain n'y supposent »
    XIVème siècle
H. DE MONDEVILLE: « Souposées les choses qui sont à suposer »
     Girart de Ross. v. 2199: Or supposons li rois ait envers toi mespris, à tort t'ait assailli com fel et d'ire espris....
ORESME: « Il n'est nul qui elisist vivre sans amis, supposé que il eust tous les autres biens »
ORESME: « Elettion proprement dite suppose deliberaction faite par raison et suppose liberté et prudence »
    XVIème siècle
AMYOT: « La femme de Philippus l'avoit pris [un enfant] d'une cousturiere natifve d'Argos, incontinent qu'il fut né, et se l'avoit supposé »
AMYOT: « Quand se vint à la cacheter et y apposer son seau, il supposa dextrement celle qu'il avoit escrite en derriere, et la lui bailla »
AMYOT: « Ils attiltrerent un messager qui apporta des lettres fausses et supposées à Sertorius »
AMYOT: « Il avoit cherché les moyens de se faire à la gloire et aux triomphes des royaumes de Pont et d'Armenie »
AMYOT: « [Les flatteurs] hommes faulx et supposez »

ÉTYMOLOGIE
    Verbe fait du lat. sub, sous, et du franç. poser, à l'imitation du lat. supponere, qu'ont les autres langues romanes : provenç. supponer ; espagn. suponer ; portug. suppor ; ital. sopporre.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE SUPPOSER. Ajoutez :

 8   Substituer.
CORN: « Elle [l'Iphigénie en Tauride] n'est fondée que sur cette feinte que Diane enleva Iphigénie du sacrifice en une nuée, et supposa une biche en la place »


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Poser une chose pour établie, pour reçue, faire une hypothèse, afin d'en tirer ensuite quelque induction. "Vous commencez par ce qui est en question. Supposons ce fait vrai, supposons que ce fait soit vrai, quelle conséquence en voulez-vous tirer? Je suppose que la guerre éclate l'année prochaine. Supposez que l'or soit aussi commun que le fer. Vous supposez un fait qui est contesté. Vous supposez une chose impossible, une chose qui ne peut jamais arriver. Supposons qu'il réussisse. En supposant qu'il y consente."
Il signifie aussi, Former une conjecture, présumer en bien ou en mal. "Je suppose qu'il sera bientôt las de ce genre de vie. Je suppose qu'il est honnête homme. Vous le supposez donc bien lâche, bien intéressé. Vous ez facilement que je ne veux pas vous tromper. Vous me supposez un crédit, un mérite, des talents que je n'ai point."



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie encore, Alléguer ou produire pour vrai quelque chose de faux, de controuvé. "Supposer des faits, un complot. Ses ennemis lui supposèrent des projets coupables. Pourquoi ce qui n'est pas? Supposer un testament. Supposer un contrat, une donation."
"Supposer un enfant," Vouloir le faire passer, le faire reconnaître pour fils ou fille de ceux dont il n'est pas né. "On supposa un enfant pour frustrer les héritiers collatéraux."



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit en outre D'une chose qui demande, qui exige que quelque autre chose soit ou ait été. "La justification suppose une accusation. Dans le syllogisme, une conséquence suppose deux prémisses. L'obligation suppose un droit."



1ère ancienne définition de 1798 (Académie Française)

Verbe 


Poser une chose pour établie, pour reçue, afin d'en tirer ensuite quelque induction. "Je veux bien que cela soit, quelle conséquence en tirerez-vous? Vous supposez une chose impossible, une chose qui ne peut jamais arriver. Vous supposez ce qui est en question".
En ce sens, on dit absolument, "Cela supposé:" on dit aussi, "Supposé que," pour dire, Cela étant supposé. On dit de même, "La chose supposée de la manière que vous dites" ...



2ème ancienne définition de 1798 (Académie Française)



Supposer, signifie aussi, Alléguer comme vrai quelque chose de faux. "Vous supposez un fait qui est absolument faux".
Il signifie encore, Produire pour vraie en Justice une pièce fausse. "Supposer un testament. Supposer un contrat, une donation".
On dit, "Supposer un enfant," pour dire, Vouloir le faire passer, le faire reconnoître pour fils ou fille de ceux dont il n'est pas né. "On supposa un enfant pour frustrer les héritiers collatéraux".



1ère signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)

Verbe 


Poser une chose pour établie, pour reçue, afin d'en tirer ensuite quelque induction. "Je veux bien que cela soit, quelle conséquence en tirerez-vous? Vous supposez une chose impossible, une chose qui ne peut jamais arriver. Vous supposez ce qui est en question."
En ce sens, on dit à l'ablatif absolu, "Cela supposé;" & absolument, "Supposé que," pour dire, Cela étant supposé. On dit de même, "La chose supposée de la manière que vous dites...."



2ème signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)



signifie aussi, Alléguer comme vrai quelque chose de faux. "Vous supposez un fait qui est absolument faux."
Il signifie encore, Produire pour vraie en Justice une pièce fausse. "Supposer un testament. Supposer un contrat, une donation."
On dit, "Supposer un enfant," pour dire, Vouloir le faire passer, le faire reconnoître pour fils ou fille de ceux dont il n'est pas né. "On supposa un enfant pour frustrer les héritiers collatéraux."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)


ou SUPOSER, v. act. et n. SUPOSITION, s. fém. ["Supozé", "zi-cion:" 3e. "é" fer. au premier. Devant l'"e" muet l'"o" est long: il "supôse", "supôsera", etc.] "Suposer", c'est, 1°. mettre en avant une chôse comme établie, comme reçûe, pour en tirer quelque induction: '"Suposer une" chôse impossible":" vous "suposez ce" qui est en question. = "Neut." il régit "que" et le subjonctif: 'Je veux bien "suposer que" cela "soit", quelle conséquence en tirerez-vous?
- 2°. Alléguer comme vrai ce qui est faux. 'Il "supôse un" fait, "un" texte qui n'a jamais existé, etc.
- 3°. Produire en Justice une pièce faûsse. '"Suposer un" testament, "un" contrat. = "Suposer un enfant", le faire reconaitre pour fils ou pour fille de ceux dont il n'est pas né.
   SUPOSÉ, participe, s'emploie comme les ablatifs absolus. '"Cela suposé", ou la chôse "étant suposée", comme vous le dites, je prétends que, etc. = Remarquez que quand ce participe est devant les noms, il devient préposition, et il est indéclinable: '"Suposé ces" principes: "suposé le" furieux penchant qu'ont les hommes d'abuser de leur liberté, il est souvent avantageux de s'en priver. "Marsolier".
- Mais quand "suposé~" marche aprês, il suit le genre et le nombre du nom. 'Ces principes "suposés", il s'ensuit, etc. "Wailly".
   "Suposé que", conjonction, régit le subjonctif. '"Suposé qu'"il y "consente", quel fruit en retirerez-vous?
   SUPOSITION, a tous les sens du verbe. Action de suposer. 'Dans "la suposition que" vous "faites", il faudrait que, etc. '"Partons de la suposition qu'"on "peut" avoir une fièvre intermittente et n'être jamais sans fièvre. "Voullonne". = Fausse allégation: ce que vous dites est "une" pûre "suposition". = Production d'une pièce faûsse. '"La suposition d'un" contrat, "d'un" testament. = "Suposition de part" (partûs). Voy. "Suposer un enfant", n°. 4°.



Signification éditée en 1694 (selon l'Académie Française)

Verbe 


Poser une chose pour establie, pour receuë, afin d'en tirer ensuite quelque induction. "Je veux bien que cela soit, quelle consequence en tirerez-vous? vous supposez une chose impossible, une chose qui ne peut jamais arriver".
En ce sens on dit à l'ablatif absolu, "Cela supposé". pour dire, Cela estant supposé. "La chose supposée de la maniere que vous dites".
"Supposer," signifie aussi Alleguer comme vray quelque chose de faux, produire pour vraye en Justice une piece fausse. "Vous supposez-là un fait qui est absolument faux. un testament. un contract, une donation".
On dit, "Supposer un enfant," pour dire, Le vouloir faire reconnoistre fils de ceux à qui il n'appartient point. "Cette femme s'est supposé un enfant. on a supposé un enfant pour frustrer les heritiers collateraux".




Emplacement dans le dictionnaire :

supportable
supportage
supportant
supporté
supporter
supporters
supporteur
supposable
supposé

supposeur
supposition
suppositoire
suppôt
suppression
supprimé
supprimer
suppurant
suppuratif
suppuration
suppurer




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...des maisons communes où l'on organise des cours, des concerts, des représentations dramatiques. L'activité corporative peut donc s'exercer sous les formes les plus variées. Même il y a lieu de supposer que la corporation est appelée à devenir la base ou une des bases essentielles de notre organisation politique. Nous avons vu, en effet, que si elle commence d'abord par être extérieure au système...


Citation n°2 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...que la science offre à la volonté. -mais, dit-on, si la science prévoit, elle ne commande pas. Il est vrai ; elle nous dit seulement ce qui est nécessaire à la vie. Mais comment ne pas voir que, à supposer que l'homme veuille vivre, une opération très simple transforme immédiatement les lois qu'elle établit en règles impératives de conduite ? Sans doute elle se change alors en art ; mais le passage de...


Citation n°3 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...Si nous avons choisi ce terme, c'est que tout autre serait inexact ou équivoque. Nous ne pouvons employer celui de but ou d'objet et parler de la fin de la division du travail, parce que ce serait supposer que la division du travail existe en vue des résultats que nous allons déterminer. Celui de résultats ou d'effets ne saurait davantage nous satisfaire, parce qu'il n'éveille aucune idée de...


Citation n°4 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...à la même neutralité morale. C'est parce qu'on n'a généralement pas vu d'autre fonction à la division du travail que les théories qu'on en a proposées sont à ce point inconsistantes. En effet, à supposer qu'il existe une zone neutre en morale, il est impossible que la division du travail en fasse partie. Si elle n'est pas bonne, elle est mauvaise : si elle n'est pas morale, elle est une déchéance...


Citation n°5 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...si, dans les sociétés contemporaines où elle a pris le développement que nous savons, elle n'aurait pas pour fonction d'intégrer le corps social, d'en assurer l'unité. Il est très légitime de supposer que les faits que nous venons d'observer se reproduisent ici, mais avec plus d'ampleur ; que ces grandes sociétés politiques ne peuvent, elles aussi, se maintenir en équilibre que grâce à la...


Autres Recherches
Synonymes
Conjugaisons
Synonymes : cliquez ici
Conjugaison du verbe : cliquez ici


Accès direct à ptidico.com: cliquez ici...